jean-pierre bertozzi

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Une surface cadrée, délimitée par ses bords, fragmente l’espace beaucoup plus vaste qui l’entoure. Ce fragment se multiplie en une série de photomontages, accueillant chacun en son sein son propre théâtre de lignes, traces, gestes visuels dont les trajectoires se déploient, se tendent, se superposent et s’organisent de façon chaque fois singulière. C’est ainsi que se présente ce travail de Jean-Pierre Bertozzi.

« D’un bord à l’autre » contient déjà en son titre la notion de traversée qui lui est spécifique, invitant de façon implicite notre œil, grand voyageur, à s’aventurer dans ses dédales de segments, rayons, stries. S’engager, arpenter, glisser sur les multiples chemins dessinés ou ébauchés, suggérés en surface ou dans la profondeur des images, devient alors pour le spectateur un défi visuel et émotionnel qui s’associe à la découverte de cette œuvre.

Certains itinéraires, aussi directs que des rails ou une rampe d’escalier, nous mènent sans encombre d’un bord à l’autre. Mais selon les photographies, il est plus ou moins aisé de circuler, d’accéder de l’un des bords jusqu’à l’autre. Pièges ou labyrinthes, des lignes-traces manifestent leur présence sauvage alors que mon regard s’aventure dans le fragment d’espace. Les obstacles sont nombreux. Intersections, superpositions, interruptions, effacements ou tissages viennent semer le trouble et compliquer la mission du promeneur qui ne cesse de cheminer avec cette obsession de se rendre d’un bord à l’autre. Mon œil itinérant doit alors inventer son propre parcours quand une diversité de trajets devient envisageable.

C’est ainsi que dans la navigation de chacune des images, une dramaturgie s’opère, dont le spectateur – voyageur optique, évolue également en metteur en scène. Il s’agit alors pour ce dernier d’élaborer une stratégie visuelle lui permettant de poursuivre son parcours. Lorsque les lignes s’abîment par exemple, ou s’interrompent au cœur de l’image, le regard peut sauter par delà le gouffre apparaissant entre deux traces.

Si la trajectoire empruntée se brouille soudain dans l’épaisseur d’un tissage trop dense, que la matière même du spectacle s’opacifie jusqu’à confondre un afflux de pistes, alors le choix de revenir en arrière est toujours possible, pourvu que le jeu du pèlerinage soit joué. Chaque itinéraire peut-être changé, déjoué, défié pour le regard le plus audacieux, qui ira jusqu’à dénicher une voie improbable. Chaque œil a la liberté de fouiller, explorer la profondeur de l’immensité.

Prune Kantor, novembre 2009, pour la série photographique "d'un bord à l'autre"